Les Mains dans les poches, récit poétique en forme de plongée mémorielle

Les Mains dans les poches, c’est une lecture que l’on achève avec le goût de la madeleine en bouche, le goût de sa propre madeleine de Proust, ou devrais-je dire, l’odeur de son bouquet de giroflées… Si, en plongeant avec Bernard Chenez dans ses souvenirs, on plongeait aussi dans les nôtres ? Entre Paris et la Normandie, dans un langage cru, doux, dur, violent, à la fois simple et poétique, l’auteur parcourt le chemin de la vie en de brefs billets d’humeur, proches des Haïkus par la forme, musicaux par la langue. Le chemin de sa vie, certes, mais aussi de la nôtre. Les sujets abordés sont aussi divers qu’importants, de l’enfant qui grandit aux souvenirs des parents, de leur violence comme de leur douceur, de la politique aux premières amours, en passant aussi par les voyages, la Nature et les histoires dans la grande Histoire. Le texte est riche non seulement par sa langue mais aussi par ses références littéraires, nombreuses et variées, de Céline à Saint-Exupéry, en passant par les contes d’Andersen. C’est un livre qu’il serait bon de lire deux fois. Pour y mêler, ou démêler peut-être, les nœuds d’un passé révolu, pour voyager dans Paris la première fois, en soi-même la seconde… À moins que ce ne soit l’inverse ?

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Morceaux choisis :

C’est la main qui voit et l’œil qui dessine – page 19

 

Les choses ne sont jamais seules, la plus petite des pierres porte son ombre. Aujourd’hui encore, je regarde d’abord l’ombre d’un arbre avant d’oser lui parler. Regarder un arbre face, c’est tutoyer un inconnu… L’amour est compliqué, dès le premier bouquet de fleurs. – Page 21

Voilà comment les choses se sont passées.

Ensuite, ceux qui écrivent l’histoire se chargèrent de rédiger des légendes. Quand vint un mois plus tard le sursaut vengeur des majorités silencieuses, les soudures cédèrent. Les portes furent grandes ouvertes, engloutissant une armée vaincue, et les Soudeurs disparurent. – Page 45

Le bleu de travail, quelles que soient sa couleur et sa forme, est un tatouage que l’on porte sous sa peau. Caméléon social, on ne change d’apparence que sur un fond couleur de sueur.

Il faut avoir eu faim une fois, une seule. Sans le moindre argent en poche, pour mesurer en une seconde la taille du fossé qui vous sépare du reste du monde.

La solitude, c’est l’absence de monnaie sociale. – Pages 66-67

Ma mère n’est morte ni le jour, ni l’heure, ni même à la seconde de son dernier souffle.

Il en est ainsi pour toutes les mamans : elles s’effacent de notre regard, un jour, une heure, à la seconde même où dans leurs yeux traverse cette barque vide qui vous éperonne et vous transperce.

Les mères seules choisissent ce moment. Elles nous ont donné le premier souffle de vie, elles nous confient la première lueur de leur mort. Page 90

Et maintenant on fait quoi ?

Chaque fois que j’ai posé la question à « ON », je n’ai pas eu qu’une seule réponse. J’en ai obtenu plusieurs, confuses, en forme de palabres, de virgules, de négociations. Par sens inné de solitude ou d’absolu, je me suis résigné à penser que « ON » ne pouvait pas, ne pourrait jamais se substituer à « JE ». – Page 132

 

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